Faire le tri dans les consignes de tri

C’est l’été, et si vous avez la chance de partir en vacances, vous allez devoir faire un petit numéro d’équilibriste dans les consignes de tri.

Imaginons un habitant de Versailles travaillant à Paris, en vacances du côté de Toulon, il va devoir s’adapter aux consignes de tri de 3 collectivités locales qui ont toutes leur propre manière de trier.
Exemple : le pot de yaourt en plastique est un déchet recyclable à Paris (poubelle jaune), mais pas à Versailles (poubelle verte), ni à Toulon (poubelle marron). Concernant les canettes, vous pourrez les recycler dans vos poubelles habituelles à Paris et Versailles, mais pas à Toulon.

Bref, pas facile de s’y retrouver. Sans compter le tri dans les gares et les aéroports où on ne sait jamais comment trier son gobelet de café.

Tout ça doit changer et va changer, vers plus de simplicité.

Les citadins, mauvais élèves

Les citadins trient moins que les autres. En 2018, les Parisiens recyclaient moins de 20 % de leurs déchets, contre 39 % en moyenne en France. Fort de ce constat, la Mairie de Paris, Citeo (ex-Eco Emballages) et le Syctom (Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères) ont décidé d’aménager les centres de recyclage d’Ile-de-France pour simplifier les consignes de tri afin que la célèbre poubelle au couvercle jaune accepte l’intégralité des emballages papier, plastique ou métallique.

L’objectif de cette simplification, outre l’augmentation des taux de recyclage, est de faire un pas vers l’harmonisation nationale des consignes de tri prévue pour 2022. 180 collectivités dont six métropoles (comme Rennes et Nîmes) ont déjà franchi le cap.

Le mirage de la consigne de tri

Brune Poirson, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, pousse depuis plusieurs semaines à la mise en place d’un système de consigne rémunérée destiné à récupérer les bouteilles en plastique. Elle souhaite l’intégrer au projet de loi Économie circulaire, actuellement en concertation. Ce système permet en Allemagne de collecter 90% des bouteilles en plastique et en verre.

Citéo vient d’envoyer un courrier aux présidents d’EPCI dans lequel l’éco-organisme se dit clairement favorable à la mise en place de ce système. Pour accentuer la pression sur les collectivités locales, il a transmis le courrier à la presse, car celles-ci ont déjà exprimé leurs inquiétudes sur le sujet. En effet, la consigne aurait pour conséquence de sortir de la collecte des plastiques les matériaux qui ont le plus de valeur. Autant un pot de yaourt n’a pas de grande valeur, autant une bouteille en plastique recyclée est une recette pour les collectivités. Selon des estimations de l’Association des Maires de France, les collectivités les plus performantes pourraient perdre, avec ce système, jusqu’à 20 % de leurs recettes totales ! Le manque à gagner serait alors à financer avec une augmentation de nos impôts.

De la même façon, la fédération des industriels du recyclage Federec juge trop coûteux et pas assez ambitieux le modèle de consigne.
En fait, elle craint que le PET soit capté directement par les industriels de la boisson, comme Coca-Cola ou Nestlé, ce qui leur permettraient de réduire les éco-contributions payées à Citeo, de réduire leurs coûts d’approvisionnement en PET recyclé, et même d’encaisser les consignes payées mais non-réclamées par les consommateurs.

Pour contrer l’idée de la consigne, elle propose le modèle de tri appliqué à Châteauroux qui se base seulement sur la distinction entre “sec” et humide” qui limite ainsi le tri à seulement 2 poubelles.

Le meilleur déchet reste celui que l’on ne produit pas : 513 kg de déchets ménagers sont produits par habitant en France, soit une tonne de déchets par seconde.