SNCF, fin d’un monopole?

Près de 7 Français sur 10 estiment que la SNCF ne se modernise pas suffisamment. 76% d’entre eux considèrent que l’ouverture à la concurrence est une bonne chose pour les usagers du train.

ELABE

Ouverture à la concurrence

A deux jours d’une manifestation importante à la SNCF, le 3 décembre marque l’ouverture à la concurrence du ferroviaire français. Il ne s’agit pas d’un basculement brutal, mais plutôt d’une évolution règlementaire devant transformer ce marché dans la durée : les autorités organisatrices de la mobilité, comme les régions ou l’État, ont désormais la possibilité de lancer des appels d’offres pour désigner l’opérateur qu’elles souhaitent pour gérer l’offre de transport ferroviaire sur tout ou partie de leur territoire respectif (national et régional).

Contrairement au TGV où la concurrence est dite « en accès libre » dès 2020, les AOT ont dorénavant deux options : renouveler directement le contrat d’attribution à la SNCF pour dix ans, c’est-à-dire jusqu’en 2033 au plus tard, ou passer un appel d’offres. Celui-ci devenant obligatoire en 2024.

Et la contrainte n’est pas que calendaire. Le droit d’entrée est également restrictif : au-delà du péage, il est nécessaire d’investir dans un centre de maintenance, du matériel roulant, et obtenir une licence ferroviaire au niveau européen. Les conditions de reprise du personnel de la SNCF par le nouvel entrant doivent également être précisées (nombre et qualification du personnel à reprendre).  

De plus, l’ART (Autorité de Régulation des Transports) veille à une concurrence saine pour « ne pas porter atteinte à l’équilibre économique de contrats de service public ».

Bref, même si le Grand Est, les Hauts-de-France et PACA ont déjà fait savoir qu’elles lanceraient immédiatement des appels d’offres, il est peu probable de voir circuler un « train privé » en 2020.

La concurrence en région

En PACA, Renaud Muselier, Président de Région, et Christian Estrosi, Président Délégué et Maire de Nice, dénoncent régulièrement le manque de régularité de la SNCF. Deux lignes majeures vont notamment être proposées à la concurrence : Marseille-Nice et l’étoile de Nice (qui comprend trois lignes régionales). Trandev, filiale de la Caisse des Dépôts, a déjà fait savoir son intérêt pour ces lots représentant 100 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Tout comme l’opérateur public italien Trenitalia via sa filiale Thello, qui a déjà fait rouler des trains entre Nice et Milan. Ainsi que la RATP, qui vient de s’allier à Getlink (l’ancien Eurotunnel) pour répondre aux appels d’offres dans le Grand Est et les Hauts-de-France.

A l’inverse, Carole Delga, la présidente de la région Occitanie avait déclaré en 2018 que la région “ne participera pas à la casse de la SNCF”. Tout en critiquant la qualité du service rendu par la SNCF dans sa région, elle défendait le modèle du service public : « Oui, je crois que le service public ferroviaire, comme tout service public, peut relever les défis du XXIe siècle ».

La SNCF joue la concurrence en Espagne

Paradoxe de la concurrence européenne, la SNCF se positionne sur les terres de son homologue espagnol, la RENFE. Le gestionnaire du réseau ferré espagnol, ADIF,  vient d’annoncer que la SNCF avait remporté un lot comprenant cinq allers-retours par jour entre Madrid et Barcelone, cinq entre Madrid et la région de Valence (Valence ou Alicante) et cinq autres entre Madrid et l’Andalousie (Séville ou Malaga).