Vers des villes toujours plus connectées

Avec un taux de pénétration de 90% dans les ménages français, internet fait désormais partie de nos modes de vie et transforme radicalement le quotidien des Français. Télétravailler, commander un repas chez soi ou encore de louer un véhicule sont autant de possibilités qu’offre le portail en ligne, et face à la dématérialisation de ces services qui les rendent plus personnalisés et facilitants que jamais, certaines villes accélèrent leur numérisation.   

Ionos a étudié les 13 plus grandes villes françaises pour savoir lesquelles étaient les plus connectées, et lesquelles accusaient des retards. La société a basé son observation sur différents critères, permettant de mettre en avant les villes les plus performantes dans ces derniers : 

  • Le niveau d’infrastructure digitale, qui se doit d’être performante et bien répartie sur chaque territoire. La majorité des 13 villes sont aux normes, mais Toulon, Marseille et Le Havre accusent un retard, notamment dû à la typologie des logements, souvent individuels et qui nécessitent une connectivité spécifique. 
  • L’utilisation d’internet, en termes de fréquence d’utilisation, et ce à des fins professionnelles ou personnelles. Marseille, Le Havre et Reims sont les mauvais élèves de ce critère, ce qui peut s’expliquer en partie par le retard pris sur les infrastructures digitales. 
  • La mobilité, selon les différents services numériques proposés et leur efficacité et utilisation. Paris, Lyon et Marseille ont les meilleures offres, avec des services d’autopartages bien établis notamment. Toulon et Le Havre sont en bas de ce critère, la ville portuaire incitant notamment ses habitants à favoriser le tramway ou le vélo, avec des infrastructures aménagées en ce sens. 
  • Vie publique, notamment via l’offre en services dématérialisés, mais aussi la mise à disposition d’espaces de coworking pour les habitants, favorisant la présence de télétravailleurs et l’implantation de startups. Bordeaux par exemple justifie sa deuxième place sur ce critère avec une offre importante de ce type d’espaces. Reims et Le Havre sont eux derniers de ce critère. 

Paris, ville la plus connectée

Selon ces critères donc, c’est Paris qui est la ville la plus connectée de France. Dans son dossier, la ville est dotée d’une grande connectivité 4G, de la fibre optique, et propose à ses habitants des spots de wifi gratuit à différents endroits de la ville. Grâce à cette avance prise en matière de desserte internet, la capitale a également pu développer plus rapidement que les autres des infrastructures qui en dépendent sur des questions de mobilité, de vie publique et de numérisation des entreprises notamment. Paris est également la ville qui attire toujours le plus les nouvelles entreprises, notamment les startups liées au numérique, avec 488 startups pour 100 000 habitants. De plus, avec la crise sanitaire, et comme beaucoup d’autres villes, Paris a accéléré son développement et ses solutions numériques au service des habitants. Contraints de rester chez eux dès le premier confinement de mars, les Parisiens peuvent désormais effectuer un changement d’adresse, demander un acte de naissance ou signaler un vol de carte grise depuis le site internet de la mairie. Également, les téléconsultations, prises en charge à 100% par l’Assurance Maladie depuis 2018, se sont largement démocratisées. 

Et la ville compte bien continuer ce développement intelligent et durable dans les années à venir, pour devenir encore plus une véritable ville connectée. 


D’autres innovations déjà effectives 

En Finlande, Helsinki a en 2015 décidé d’utiliser les open data, de plus en plus répandues et qui apparaissent comme un incontournable dans les projets Smart City des villes, d’une façon innovante. La ville a réparti dans son centre-ville 23 bornes interactives qui permettent de visualiser sa position exacte, de calculer un itinéraire selon un type de transport choisi, ou même de se renseigner sur les différents évènements aux alentours. Si ces bornes sont en majorité utilisées par les touristes, elles permettent également de réaliser des sondages et ainsi de connaître l’avis de ses citoyens sur la vie dans la capitale. 

A l’été 2021, la France devra se mettre aux normes du règlement européen Eidas et ainsi fournir aux Français une carte nationale d’identité électronique (CNIE). La députée des Hauts-de-Seine Christine Hennion évoquait « une opportunité pour mettre en place une identité numérique qui permettra de s’identifier de manière sécurisée en ligne ». À ce jour pourtant, seuls 18 régions, 24 départements et 620 communes utilisent des CNIE pour vérifier l’identité des utilisateurs et autoriser l’accès à différents services en ligne. 

Instauré en 2016, France Connect est l’interface d’identités numériques mise en place par le gouvernement, et utilisée aujourd’hui par « seulement » un peu plus de 20 millions d’utilisateurs. Et le problème du niveau d’infrastructures nécessaire à une implémentation totale revient ici, puisque les petites communes n’ont pas d’infrastructures à raccorder à France Connect. Le second reproche est adressé à l’État, avec une communication autour de France Connect jugée insuffisante, notamment par le président de l’association Déclic Emmanuel Vivié, qui explique que « nous devons absolument simplifier, de façon sécurisée, l’accès par l’identité numérique d’un citoyen à un service public ». 

Mais si tous les Français n’utilisent pas encore France Connect, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autres solutions. À Lyon notamment, où la métropole a développé Grand Lyon Connect, décrit comme « le pendant de France Connect au niveau d’un territoire. L’usager peut accéder à différents services publics locaux avec la même identité ». À noter qu’il est également possible de s’identifier par son compte France Connect et de bénéficier des mêmes services. L’utilisateur a ainsi accès via une application « Toodego » aux différents services et informations en temps réel sur la ville. D’ailleurs, au niveau de la communication, la ville propose des vidéos simples et explicatives pour savoir comment créer un compte de A à Z et naviguer sur la plateforme. 

Les villes changent, mais la population doit aussi être éduquée

Si les villes font les efforts pour développer leurs compétences numériques et technologiques, les habitants, pour qui ces dispositifs sont mis en place, doivent également être capables de les utiliser. L’illectronisme définit la difficulté voire l’incapacité que rencontre une personne à utiliser les appareils numériques et les outils informatiques en raison d’un manque total ou partiel de connaissances à leur propos. Et fin 2019, c’est 17% de la population française qui en souffrait. Face à l’accélération de la dématérialisation des services publics, le gouvernement souhaite éduquer les Français au numérique. 

Récemment, le gouvernement a désigné les communautés d’agglomération de La Rochelle, Sicoval (Haute-Garonne), ainsi que les métropoles du Grand Lyon, de Lille et de Strasbourg pour former une Coordination Territoriale de l’Inclusion Numérique (CTIN). Leur ambition commune est de construire un modèle inspirant de gouvernance locale pour agir contre l’illectronisme. Selon le modèle, la gouvernance sera adaptée aux spécificités des territoires et rassemblera les différents échelons concernés (communes, intercommunalités, départements). 

L’une des premières actions opérationnelles est le prochain déploiement de 4 000 conseillers numériques sur le territoire, avec l’ambition de former 6 millions de Français au numérique. Les cinq territoires d’expérimentation se sont engagés à coordonner localement le déploiement de ces conseillers. Ces derniers pourront être embauchés en tant qu’agent, contractuel ou salarié s’il s’agit d’une association, auquel cas l’État prendra en charge la rémunération à hauteur d’un SMIC pendant deux ans, ou 70% pendant trois ans. Les collectivités devront assurer le complément de salaire, et Céline Colucci, déléguée générale des Interconnectés, expliquait que désormais il fallait « réfléchir collectivement aux financements et aux partenariats possibles, d’expérimenter des montages susceptibles d’être reproduits ailleurs ». Au total, l’État compte prendre en charge à hauteur de 200 millions d’euros du plan de relance. Prochainement donc, les territoires d’expérimentations accueilleront ces premiers conseillers numériques ; 8 à La Rochelle, 60 en Haute-Garonne, 90 dans le Nord, 50 dans le Rhône et 20 à Strasbourg.